samedi, mars 01, 2008

France Musique, la cible et le showcase

Déroute sur France Musique !

LETTRE OUVERTE

France Musique, la cible et le showcase

Dans le cadre du débat actuel sur l'audiovisuel public, France Musique vient d'être gravement mise en cause. Jean-Paul Cluzel, PDG de Radio France, dans le Nouvel Economiste (daté du 10 janvier), annonçait : « à France Musique, je vais remplacer les vieux conservateurs de musée par de jeunes guides. » Façon aimable de souligner « un problème simple à énoncer mais compliqué à résoudre… France Musique est un showcase à renouveler, à moderniser en profondeur… » Pour la première fois, un PDG de l'Audiovisuel Public, en poste depuis presque quatre ans, discrédite par voie de presse les acteurs d'une chaîne qu'il dirige. Quelques jours après, Jean-Paul Cluzel nuançait ses propos dans un courrier interne – sans toutefois les démentir publiquement.

Dans le numéro de février de Classica, au cours d'un entretien avec Jean-François Zygel, le Ministre de l'Education Nationale, Xavier Darcos reconnaissait écouter Radio-Classique car « c'est plus pratique si l'on veut avoir un fond musical. » Qu'en est-il alors de la réalité du rôle d'une radio publique ? En réponse à Zygel qui insiste sur une radio de la pédagogie, des archives et de la transmission, passant par un travail de fond, une synergie antenne-internet afin de mettre à disposition des auditeurs une offre moderne, le Ministre répond : « Les temps ont changé. Ce qui compte ce sont les programmes musicaux » ajoutant que « France Musique doit redéfinir son public, sa cible. »

Pourquoi redéfinir notre public ? Pour faire face à une "concurrence terrible" comme on l'a souvent lu dans la presse ? Beaucoup ne cessent d'invoquer les sondages en répétant des idées reçues. Un rappel devrait suffire : l'audience de France Musique fluctue, depuis vingt ans, autour des 1,6 point (dernière estimation Médiamétrie). Une radio de qualité doit-elle être chaque trimestre remise en question par une chaîne présentée à tort comme concurrente ?

France Musique est une radio de service public offrant :
- Une ouverture à toutes les musiques (classique, jazz, création, musiques du monde…) ;
- Un vecteur de diffusion sans pareil de la musique vivante, grâce à plus de mille concerts par an ;
- Une ouverture à tous les publics, notamment aux plus jeunes ;
- Une diversité d'approches, d'émissions, de voix, de personnalités.

C'est cette richesse et cette diversité que nous souhaitons voir préserver. Combien d'auditeurs, amateurs, musiciens, mélomanes, se sont formés et ont vibré en écoutant France Musique ? Cette radio musicale de service public doit évoluer. Sans pour autant perdre son âme.


La Société des Producteurs de France Musique
Le 25 février 2008, 15 heures
(Dans l'attente de la nomination d'un nouveau directeur de France Musique… annoncée depuis plusieurs semaines)

4 commentaires:

ChupChup a dit…

Des jeunes guides ?... comme Nicolas Demorand par exemple, qui sévissait sur France Cul avant France Inter, Cf ce lien :
http://www.acrimed.org/article2834.html
Rendez-nous les vieux conservateurs ...

wildo a dit…

Un extrait d'un billet que j'avais écrit qsur un autre blog au mois d'Octobre dernier :

"France Musique par exemple, est en train de subir un joli lifting, des têtes vont sauter en haut de la direction, au milieu chez les prods et puis au tout venant en descendant dans la hierarchie si les têtes ne reviennent pas aux petits chefs obeissants.
La culture doit désormais fonctionner comme une entreprise uniquement dédiée au profit, au profit, au profit, au profit. Donc on sabre dans le tas de façon caricaturale ... l’année dernière l’émission d’Anne Montaron en a fait les frais, elle est toujours là, mais c’est fragile ... Toutes les émissions qui concernent la musique improvisée, électronique, expérimentale sont condamnées à moyen terme ... Toutes.
Considerées comme pas rentables, ce par quoi on pourrait qualifier l’art dégénéré d’aujourd’hui, toutes ces musiques sont en sursis. Les personnes qui s’en occupent et qui les promeuvent sont pris a parti, surveillés, espionnés, on tente de mettre en doute leur travail, on les traite comme des pions et plus du tout comme des directeurs artistiques ou des producteurs ...
Ils commencent tous a subir un harcèlement moral et artistique. On exige d’eux une telle épuration du contenu, qu’a force il n’y aura plus matière a faire tout simplement d’émissions ...

Demain, après demain, enfin assez rapidement, la radio sera épuré, purifiée, lissé, morbide et monotone, la radio Musak, la radio Sarkozy..."

Anonyme a dit…

Je ne comprend pas, qu'est-ce qui serait "rentable" sur une antenne sans pub ?

wildo a dit…

Rentable au niveau de la gestion du budget, des produits dérivés, des co-prodes,des collections CD etc.